Les chimpanzés et le langage

 

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Les chimpanzés et le langage
Réformer l'ortografe
Les langues d'Esope

 

 

  n°92 - septembre 1978, pp. 725 à 732.

 

LES CHIMPANZES ET LE LANGAGE

par Ernst von Glasersfeld

Ernst von Glasersfeld est professeur de psychologie à l’université de Géorgie à Athens (Géorgie). Il a été co-investigateur dans le « Programme communication » du Centre de primatologie Yerkes à Atlanta (Géorgie).

 

Ces dernières années, trois études fondamentales ont montré qu’on peut établir une communication dans les deux sens entre l’homme et le chimpanzé.

Allen et Béatrice Gardner ont enseigné le langage gestuel des sourds-muets américains à leur guenon Washoe. David Premack communique avec Sarah au moyen de pièces de plastique, symbolisant des mots qu’elle peut disposer sur un tableau. Une équipe du « Centre de primatologie Yerkes » en Géorgie (USA) communique avec Lana au moyen de symboles graphiques figurant sur un clavier relié à un ordinateur, et qu’elle peut afficher en séquence sur un tableau lumineux pour former des « phrases » selon une « grammaire » définie.

Certains critiques estiment pourtant que ces systèmes de communication homme-chimpanzé, très artificiels, ne peuvent être apparentés au langage humain. D’autres n’y voient même rien de plus qu’un « numéro de dressage » un peu perfectionné, ce que réfute ici l’auteur qui a mis au point le « langage » enseigné à Lana.

 

 

En langage par gestes, Washoe est capable de répondre correctement à des questions complexes.

  

Dans les contes mythologiques, il n’est pas rare de voir des animaux converser avec les hommes. Lorsque, passant de la légende à la réalité, certains chercheurs affirment qu’ils peuvent en effet parler avec des chimpanzés, ils déclenchent des réactions plus ou moins violentes de la part des incrédules : comment un singe pourrait-il établir avec l’homme une véritable communication ? Il ne s’agit là que d’un dressage, un peu plus spectaculaire que les autres, peut-être, mais on ne peut en aucun cas parler de «langage». Cette résistance à l’égard d’expériences qui, depuis plus de dix ans, ont fait leurs preuves, s’explique sans doute par le désir de conserver à l’homme son caractère d’ « unicité » : à mesure que progresse la science, l’homme voit s’effriter peu à peu la pseudo exclusivité de ses caractéristiques, exclusivité qui pendant des siècles lui a permis d’occuper une place privilégiée dans le monde animal. Depuis Darwin et sa théorie sur l’évolution des espèces, l’homme a dû se résigner à admettre qu’il partageait avec un certain nombre d’animaux des aptitudes dont il se croyait seul détenteur. On sait maintenant que les singes sont capables, tout comme l’homme, d’acquisitions par «insight» : leur apprentissage se fait non par petites étapes successives mais comme par le jeu d’une intuition soudaine.[1] On sait aussi que les singes ne se contentent pas d’utiliser des outils mais qu’ils savent les inventer pour atteindre l’objectif qu’ils se sont fixé[2]

Le langage était à peu près le seul argument dont l’homme pouvait encore disposer pour affirmer son unicité parmi les espèces animales : on comprend que l’idée de devoir aussi partager nos aptitudes linguistiques avec les chimpanzés ne soulève pas chez tout le monde un enthousiasme délirant. Certains scientifiques ne reconnaissent comme véritable « langage » que les systèmes composés de signaux vocaux.[3] Or, les singes ne sont pas capables de prononcer les mots : le langage qu’ils peuvent acquérir n’est pas un langage vocal.

Mon propos ici n’est pas d’accorder ou de refuser la qualité de «langage» au système de communication qui s’établit entre les chimpanzés et les expérimentateurs, mais de présenter les trois études fondamentales qui, chacune à sa manière, ont révélé que l’homme et le chimpanzé pouvaient communiquer entre eux.

Washoe et lAmeslan.

Vers la moitié du XXe siècle, plusieurs scientifiques ont essayé d’observer des bébés-singes dans leur propre foyer afin d’étudier l’influence que pouvait avoir un environnement humain sur le développement et le comportement de l’animal. Trois de ces expériences mirent l’accent sur l’acquisition du langage humain. Dans les trois cas, ce fut un échec.[4] Alors que l’animal imitait tout ce qui se faisait autour de lui dans la maison, il n’essayait jamais de prononcer les mots qu’il entendait. Seule la guenon de K. et C. Hayes réussit, péniblement, à dire quatre mots : « mamma », « papa », « cup » (tasse) et « up » (debout, haut). En fait, les caractéristiques anatomiques du chimpanzé le rendent pratiquement incapable de prononcer les voyelles du langage humain.[5]

Par contre, les singes imitent très facilement tous les gestes que l’on fait devant eux. C’est ce qui donna l’idée à Allen et Béatrice Gardner, de l’université du Nevada, d’enseigner à leur guenon un système de communication gestuel : l’American sign language, ou Ameslan, le langage utilisé aux Etats-Unis par les sourds-muets. Il se compose de signes manuels qui correspondent à des mots : son fonctionnement rappelle celui des idéogrammes chinois.

L’expérience d’A. et B. Gardner commença en juin 1966. Leur « élève » était un jeune chimpanzé femelle, Washoe, âgée de dix mois. A. et B. Gardner l’installèrent dans une caravane, tout près de leur demeure. Washoe était entourée de meubles, de jouets, etc. Elle avait pour compagnons de jeu ses expérimentateurs.[6] Washoe entendait peu parler anglais, car son entourage essayait de n’utiliser devant elle que l’Ameslan : ainsi, l’animal vivait une situation d’apprentissage très naturelle, comparable à celle d’un enfant dont les parents sourds-muets ne communiqueraient entre eux que par l’Ameslan (figure 1).

Le début de l’apprentissage connut quelques difficultés, dues principalement au peu d’aisance des expérimentateurs dans le maniement de l’Ameslan, qu’ils venaient tout juste d’apprendre ! Malgré cela, et bien que Washoe était déjà âgée d’un an au début de l’apprentissage, ses progrès furent très satisfaisants (fig. 2) : à partir de la deuxième année d’entraînement, elle enrichit son vocabulaire de quarante mots chaque année, atteignant cent trente-deux mots en 1975. En outre faut-il se rendre compte que pour établir ces chiffres, A. et B. Gardner ont respecté des critères très stricts : avant d’affirmer que Washoe avait spontanément et correctement utilisé un signe, il fallait le témoignage concordant de trois observateurs indépendants. D’autre part, il fallait que le signe apparaisse, toujours spontanément, pendant quinze jours consécutifs : à ce moment seulement, on admettait qu’il faisait vraiment partie du vocabulaire de Washoe. Avec les mêmes critères, la plupart des humains ne pourraient guère prétendre connaître plus de quelques centaines de mots dans leur vocabulaire.

Figure  1 : Washoe exécute quelques gestes en langage des sourds-muets américains signifiant chapeau (a), livre (b) et fleur (c). (Dessins de L. Babocsay, d'après photos L. Sloan / Newsweek.)

 

En novembre 1972, le travail des Gardner entra dans une seconde phase, marquée par l’arrivée d’un chimpanzé nouveau-né. Trois autres bébés chimpanzés vinrent à leur tour participer à l’expérience. Contrairement à Washoe, ces petits singes furent mis dès leur naissance en contact avec des personnes sourdes pour lesquelles l’utilisation de l’Ameslan était chose naturelle comme une langue maternelle. Le résultat fut que leur vocabulaire se développa plus rapidement que chez Washoe. Alors que celle-ci avait vingt-cinq mois et près d’un an d’apprentissage lorsqu’elle acquit les dix premiers signes, les quatre petits chimpanzés les acquirent à l’âge de six mois.

Toutefois l’ampleur du vocabulaire n’est pas le point le plus important pour juger de l’acquisition d’un langage : ce qui compte davantage, c’est la bonne utilisation que le sujet fait des « mots » et son degré de compréhension du langage d’autrui.

En ce qui concerne le premier critère, l’utilisation correcte des signes, A. et B. Gardner ont mis au point une méthode intéressante. Deux observateurs, séparés par une cloison, notent les signes effectués par le chimpanzé pendant qu’on lui projette des diapositives sur un écran. Ces diapositives représentent des objets que l’animal sait désigner par un signe d’Ameslan. Les deux observateurs ne voient pas l’écran ; ils ignorent la nature de l’objet que l’on présente au singe. Au cours d’une de ces expériences, on a présenté à Washoe cent vingt-huit diapositives représentant trente-deux catégories d’objets divers : il y avait quatre types d’autos différents, quatre fruits différents, etc. Les résultats ont montré que d’après l’observateur n° 1, Washoe avait désigné correctement quatre-vingt-douze objets sur les cent vingt-huit présentés, et d’après l’observateur n° 2, quatre-vingt-onze (le score théorique d’un sujet opérant au hasard serait dans ces conditions de quatre réponses correctes).

En ce qui concerne le deuxième critère, le degré de compréhension du langage d’autrui, A. et B. Gardner ont eu recours à des questions auxquelles on ne peut répondre de manière satisfaisante par «oui» ou par «non», comme des questions contenant des mots tels que « qui » ?, « quoi » ?, « où » ?, etc. Dans un de ces tests, 84 % des réponses de Washoe furent correctes. Etant donné que des réponses correctes aux questions de ce type ne peuvent être données sans que leur sens ait été compris (à la différence des questions où l’on peut répondre avec une chance sur deux par oui ou par non) cela témoigne bien du niveau élevé de compréhension de Washoe. Nous verrons plus loin que les chimpanzés des Gardner sont non seulement capables de répondre de manière appropriée dans les tests auxquels ils sont soumis par les expérimentateurs, mais encore d’utiliser les signes appris à des fins de communication spontanée.

 

Figure 2 : Au cours des cinquante et un premiers mois d'apprentissage, la croissance du vocabulaire de Washoe suivit une courbe linéaire presque parfaite, au rythme de quarante signes par an environ à partir de la deuxième année.

 

Le chimpanzé possède les aptitudes logiques nécessaires au développement de la communication linguistique.

Conceptualisation et langage.

L’approche adoptée par le psychologue américain David Premack[7] est tout à fait différente de celle des Gardner (voir la Recherche n° 61, p. 918, nov. 1975). Ses travaux tentent de répondre à deux questions fondamentales : qu’est-ce que le langage ? peut-on l’enseigner à un singe ? Il précise comment on peut répondre à cette double interrogation. Il faut dresser d’une part la liste des éléments caractéristiques qu’un organisme doit nécessairement utiliser pour qu’on puisse reconnaître chez lui un langage et d’autre part la liste correspondante des instructions permettant à un organisme l’apprentissage de ces éléments.

Selon D. Premack, la liste (non exhaustive) des éléments caractéristiques du langage comprend : 1) les mots ; 2) les phrases ; 3) les questions ; 4) la métalinguistique (c’est-à-dire le recours au langage pour enseigner le langage) ; 5) les concepts de classe, tels que la couleur, la forme ou la dimension ; 6) la copule (c’est-à-dire le mot qui lie l’attribut au sujet d’une proposition) la plus fréquemment utilisée : être ; 7) des notions numériques telles que fous, aucun, un, plusieurs; 8) la relation logique s/a/ors.

Toujours selon Premack, le sujet doit, avant de commencer l’apprentissage du langage, posséder certains concepts : l’apprentissage du langage lui fournira simplement des mots pour nommer des concepts qu’il avait déjà.[8] Une bonne partie du travail de D. Premack a alors consisté à concevoir des situations dans lesquelles on peut interpréter la réponse du sujet comme la preuve qu’il possède tel ou tel concept.

En 1969, D. Premack réalisait ses premières expériences avec Sarah, un chimpanzé femelle de six ans. Il prit ensuite trois autres élèves, deux femelles et un mâle, dont les performances égalèrent celles de Sarah. Le système de communication choisi par D. Premack est totalement artificiel : il consiste à manipuler sur un tableau magnétique des pièces en matière plastique (munies d’un aimant à leur dos), de couleurs et de formes différentes, dont chacune représente un mot. L’animal écrit ses phrases en plaçant les pièces-mots de haut en bas du tableau, sur une ligne verticale (figure 3).

Ce qui intéressait essentiellement D. Premack, c’était d’étudier les aptitudes conceptuelles des chimpanzés et non leur communication spontanée. Toutes les phases de l’apprentissage ont été conçues dans ce but : ainsi, Sarah n’avait jamais accès à l’ensemble des pièces qui constituaient son vocabulaire. A chaque séance, on ne mettait à sa disposition que les « mots » concernés par la leçon ou le test en cours. Il s’agissait pour Sarah de différencier une pièce de matière plastique sans signification, d’une pièce utilisée comme « mot » (par exemple : un triangle bleu figurant le mot «pomme»). L’apprentissage, consistait pour Sarah à choisir parmi deux ou trois pièces celle qui ressemblait plus à un objet échantillon qu’on lui montrait en même temps. Or, ce pouvait être une vraie pomme rouge qu’elle avait d’abord à comparer à un certain nombre de pièces de plastique : cercle ou carré, disque rouge ou disque vert, etc.

A la suite de quoi, on pouvait alors lui demander de comparer le triangle bleu, c’est-à-dire le mot « pomme » aux mêmes pièces auxquelles elle avait comparé la vraie pomme. Les performances de Sarah montrèrent que ce n’était pas les caractéristiques physiques de la pièce « mot », qu’elle cherchait à comparer à celles des pièces devant elle, mais bien plutôt les caractéristiques physiques de l’objet (pomme) désigné par le mot. Et puisqu’il n’y avait pas de pomme réelle devant elle quand on lui présentait le mot «pomme», cela suggère qu’elle possédait en effet une représentation mentale de ce qu’est une vraie pomme (voir la Recherche n° 61, p. 918, nov. 75).

D. Premack s’intéressa également à la compréhension d’une relation causale du type «si-alors». Sa méthode était celle-ci : on présentait au chimpanzé deux objets, dont le premier était intact alors que le deuxième avait subi une certaine modification (par exemple : une pomme intacte et une pomme coupée). On laissait un espace vide entre les deux objets et l’on demandait à l’animal de compléter la séquence en plaçant lui-même à cet endroit un troisième objet (par exemple un couteau). L’expérience se déroulait ainsi : on présentait au chimpanzé trois séquences différentes, comprenant respectivement une pomme intacte et une pomme coupée, une éponge sèche et une éponge mouillée, une feuille de papier vierge et une feuille écrite. Pour compléter chaque séquence, l’animal avait à sa disposition trois objets parmi lesquels il devait choisir celui qui convenait : un couteau, un bol d’eau et un stylo. Sur les quatre chimpanzés qui ont subi le test, trois ont parfaitement identifié l’instrument nécessaire à la transformation de l’objet.[9]

Toutes ces expériences avaient pour but essentiel de démontrer que le chimpanzé possède les aptitudes logiques nécessaires au développement de la communication linguistique. Une fois encore, rappelons que D. Premack s’attache moins à l’étude du problème de la communication qu’à celle du fonctionnement cognitif de l’animal. Il est toutefois intéressant de noter qu’en dépit des contraintes auxquelles étaient soumis Sarah et ses compagnons (en particulier le fait qu’ils n’avaient jamais accès à tous les « mots » de leur vocabulaire), ils ont eu souvent recours à ce langage artificiel pour exprimer spontanément quelque chose qui ne leur était ni demandé ni suggéré par l’expérimentateur.

Un langage original : le Yerkish.

Les linguistes et les psychologues ont formulé contre les travaux des Gardner des critiques portant essentiellement sur l’absence de « syntaxe » dans les messages émis par Washoe. Or, il était difficile de savoir si cela était dû à l’incapacité du chimpanzé pour la syntaxe ou si cela était dû au fait que l’Ameslan ne possède pas de véritables règles de syntaxe (et ne devrait donc pas être considéré comme un « langage ») ?

Il est vrai qu’au début de leur expérience, A. et B. Gardner se sont surtout intéressés au fait que Washoe pouvait combiner des signes, négligeant quelque peu le caractère syntaxique ou non syntaxique de ces combinaisons. L’étude de D. Premack suscita des critiques du même ordre : la syntaxe du langage artificiel utilisé par les singes évoluait de manière ad hoc, au fur et à mesure que le vocabulaire de Sarah s’élargissait.

Une autre difficulté éprouvée par ces chercheurs concerne les problèmes d’enregistrement de la totalité des productions linguistiques des sujets. Il était donc intéressant de poursuivre cette ligne de recherches en tenant compte, cette fois, de la syntaxe du langage utilisé par l’animal et en améliorant les techniques d’enregistrement des réponses. C’est le double objectif que s’est fixé une équipe du Centre de recherches sur les primates de Yerkes (Atlanta, Géorgie) : 1) utiliser un langage artificiel ayant une syntaxe très stricte (le «Yerkish»); 2) utiliser un ordinateur qui enregistre tous les échanges linguistiques.[10]

Cette étude a été menée grâce à un travail d’équipe : Duane Rumbaugh et Timothy Gill se sont occupés de la partie comportementale (méthodes d’entraînement et de test de la guenon Lana). Pour ma part, en collaboration avec Piero Pisani, j’ai mis au point le langage artificiel, sa grammaire et le système informatique.

Figure  3 : Les « mots » du vocabulaire de Sarah sont composés de petits morceaux de plastique de forme et de couleur variées, à dos métalliques collables sur un tableau magnétique.

 

Le système de communication que nous avons choisi se présente ainsi : il comporte un clavier dont le fonctionnement rappelle celui d’une machine à écrire (fig. 4). Chaque touche représente un mot, figuré par un dessin géométrique auquel j’ai donné le nom de lexigramme (fig. 5). Ces lexigrammes correspondent chacun à un concept : contrairement aux mots anglais, ils ne peuvent avoir qu’une seule signification. En appuyant successivement sur plusieurs touches, on compose des phrases. Au-dessus du clavier, il y a une rangée de petits voyants sur lesquels apparaissent les séquences de lexigrammes frappées sur le clavier. Une touche spéciale, remplissant la fonction du « point final » dans l’écriture, permet d’indiquer la fin d’une phrase et d’informer l’ordinateur que le message est terminé. Plusieurs touches représentent des lexigrammes qui déterminent la fonction de la phrase : interrogative, négative, impérative, etc.

Le système est double. Il comprend deux claviers dont l’un se trouve dans la chambre expérimentale où vit Lana et l’autre à l’extérieur, à l’usage de l’expérimentateur. Chaque fois que Lana utilise son clavier, les lexigrammes qu’elle a tapés apparaissent dans les voyants de l’appareil de l’expérimentateur, et vice versa. Il faut souligner un aspect original de cette expérience : grâce à son clavier, Lana peut modifier elle-même son environnement, sans aucune intervention humaine. En effet, l’ordinateur commande certains dispositifs mécaniques : des distributeurs de nourriture et de boisson, un volet mécanique dont l’ouverture permet à Lana de voir le monde extérieur, un projecteur de films et de diapositives, un magnétophone. Lorsque Lana, dont la vie se déroule entièrement dans la chambre expérimentale, désire mettre en marche l’un de ces appareils, il lui suffit de taper correctement sur les touches de son clavier la séquence de lexigrammes correspondante : l’appareil se mettra automatiquement en marche.

Lana avait deux ans au début de l’expérience. Après six mois d’apprentissage, elle satisfaisait tous ses besoins alimentaires en utilisant exclusivement son clavier de commande : elle avait acquis en ce domaine une indépendance totale vis-à-vis de l’homme. Toute communication linguistique comporte un aspect instrumental, en ce sens qu’elle agit sur l’environnement. L’apprentissage auquel fut soumise Lana accentue à dessein cet aspect instrumental, puisque la production correcte d’une séquence de lexigramme entraînait la distribution d’une récompense précise. Pour certains scientifiques, la performance de Lana n’est pas autre chose qu’un conditionnement instrumental : lorsqu’elle appuie sur les touches de son clavier, elle se comporte comme les pigeons de B.F. Skinner auxquels on avait appris à effectuer un parcours en huit pour obtenir une récompense. Mais cette critique ne tient pas compte du fait que la communication diffère des autres types de comportement sur un point fondamental : quel que soit le moyen d’expression utilisé (geste, parole, lexigramme, etc.), une communication en forme de demande spécifie la nature du renforcement qu’attend le sujet. C’est ainsi que Lana n’accepte pas de recevoir de l’eau lorsqu’elle a formé sur son clavier l’ordre suivant : « S’il te plaît machine donner lait. » Lorsque, pour les besoins de l’expérience, le fait se produit, Lana proteste immédiatement en écrivant des phrases de ce genre : « Pas lait dans machine », ou bien : « Toi mettre lait dans machine », ou bien encore : « Toi enlever eau hors de machine. » Lana a donc appris que chaque séquence de lexigrammes entraîne un résultat différent : autrement dit, que chacune a sa propre signification. D’autre part, les protestations qu’elle émet lorsqu’elle reçoit de l’eau à la place du lait demandé démontrent son aptitude à utiliser les lexigrammes dans un contexte totalement différent de celui dans lequel s’est fait l’apprentissage et à les combiner de manière originale.

Un des exemples les plus étonnants est celui où, pour la première fois, Lana a demandé quel était le nom (c’est-à-dire le lexigramme) d’un objet qu’elle voulait obtenir mais qu’elle ne savait pas dénommer. Au cours de tests précédents, Lana avait appris la signification du lexigramme « nom de » (exprimant la relation sémantique entre un objet et son nom). Or, un jour son moniteur, Tim Gill,[11] lui montra une boîte de carton dans laquelle il déposa un des bonbons préférés du chimpanzé. La boîte était hors de portée de Lana. Pour l’obtenir, celle-ci commença à utiliser deux lexigrammes qu’elle avait appris depuis peu : « bol » et « pot ». En réponse, elle eut un bol et un pot, vides tous les deux... Alors Lana écrivit sur son clavier : « ? Tim donner Lana nom de ceci. » Immédiatement, Tim répondit : « Boîte nom de ceci » et, sans hésiter, Lana utilisa ce nouveau lexigramme dans la phrase suivante : « ? Tim donner Lana cette boîte. » Ultérieurement, elle augmenta considérablement son vocabulaire en demandant spontanément le nom de tel ou tel objet qu’elle ne connaissait pas.

Face à de tels exemples, il semble difficile de nier qu’il existe chez Lana une certaine conception de ce que sont les noms et de la manière dont on peut les utiliser pour communiquer.

La communication spontanée.

Les performances de Washoe, de Sarah et de Lana confirment de manière éclatante que ces chimpanzés sont parfaitement capables d’utiliser à bon escient les systèmes de communication qu’on leur a enseignés. Toutes les trois peuvent formuler des demandes précises et répondre à quantité de questions. Néanmoins, il est encore nombre de gens fort qualifiés qui refusent d’admettre qu’il s’agit là d’une communication véritable.

Leurs objections appartiennent en gros à trois types de catégories. La première englobe toutes les critiques qui d’une manière plus ou moins explicite reposent sur l’idée que la recherche sur la communication entre les animaux ne peut rien apprendre d’utile sur la nature des bases du langage et que celles-ci, en tout cas, ne figurent même pas chez nos plus proches parents animaux dans l’évolution.[12] Un tel désintérêt pour les expériences de communication homme-chimpanzé relève sans doute de l’idée que le langage humain est à certains égards si différent des systèmes de signaux accessibles aux chimpanzés qu’on ne voit même pas comment on aurait pu passer de l’un à l’autre dans l’évolution. Cette attitude relève, je pense, de l’idée erronée que l’apparition dans l’évolution, de fonctions, de comportements et d’aptitudes s’est toujours faite et ne peut se faire que par toutes petites étapes ; et que, par suite, on doit expliquer chaque acquisition nouvelle en termes d’accroissement linéaire de différences infimes.

On peut répondre à cela en citant un contre-exemple. Avant que les vertébrés ne deviennent des animaux terrestres, il fallait d’abord qu’une double évolution se produisît chez le poisson : 1) apparition de nageoires lobées qui puissent supporter, au moins partiellement, le poids du corps et servir à la locomotion ; 2) apparition d’une poche d’air pouvant servir d’organe respiratoire lorsque le poisson est hors de l’eau. La présence simultanée de ces deux caractéristiques (et de bien d’autres, évidemment) était indispensable au passage de l’animal à la vie terrestre.[13]

Lorsqu’il s’agit de l’évolution de la communication linguistique, les conditions impératives sont beaucoup plus nombreuses : toute communication véritable exige la capacité de former des associations et de les mémoriser, de se souvenir d’événements complexes sous forme de « représentations » mentales, de faire certaines opérations logiques aussi bien sur ce que le sujet perçoit que sur ce qu’il se « représente » mentalement.

Il est fort probable que toutes ces aptitudes ont évolué, par le jeu de la sélection naturelle, dans des contextes très différents de celui de la communication ou du langage.

Mais une fois que ces aptitudes se sont manifestées, la communication et le langage deviennent envisageables. Si ce raisonnement est correct, il devient alors fondamental de découvrir comment toutes ces aptitudes ont été produites indépendamment les unes des autres dans l’évolution des espèces animales avant que leur présence simultanée chez une seule espèce, l’Homme, ne permît l’apparition du langage. A ce titre, toutes les études qui explorent les potentialités du chimpanzé dans ces différents domaines sont d’un intérêt évident.

La deuxième catégorie de critiques concerne le pourcentage de réussite que remportent les chimpanzés dans les tâches de communication. En effet, dans la plupart des tests, leur performance atteint entre 60 et 90 % de réponses correctes, alors que l’homme est censé donner 100 % de bonnes réponses. A mon avis, cela est dû essentiellement à une divergence d’attitude entre l’homme et le singe à l’égard de la situation de test. Lorsqu’un sujet humain participe à une expérience, il essaie généralement de faire de son mieux, même si la tâche qu’on lui propose lui paraît ennuyeuse. Les singes, eux, ne se montrent pas aussi coopératifs. Ils se lassent rapidement de leur tâche, perdent toute concentration et ne se soucient pas de la qualité de leurs résultats. C’est un phénomène bien connu de tous les primatologues, même si, par respect pour les traditions de la psychologie expérimentale, ils continuent d’asséner à leurs sujets des dizaines et des dizaines de tests... D’autre part, quiconque a fait passer un jour des tests à des écoliers, ou même à des étudiants, sait très bien que leurs performances linguistiques sont loin d’atteindre 100 % de réponses correctes.

D. Permack9 et les Gardner[14] ont remarqué, par ailleurs, que leurs chimpanzés faisaient très peu d’erreurs linguistiques dans les cas de communication spontanée, c’est-à-dire lorsque l’animal exprimait quelque chose qu’il voulait vraiment communiquer.

Cela nous conduit au troisième type d’objections, qui consiste à dénoncer l’absence de spontanéité des chimpanzés dans leur utilisation du système de communication. Cette idée a pu être entretenue par le fait que les premières publications concernant les performances de Washoe et de Sarah mettaient surtout l’accent sur la situation de test et parlaient très peu de ce qui se passait en dehors d’elle. Il est évident qu’au cours des tests les chimpanzés ne donnent que les réponses exigées par la tâche. Mais D. Premack a signalé récemment qu’à mesure que Sarah devenait capable de comprendre des phrases plus longues et plus difficiles, elle se montrait plus impatiente d’écrire des phrases de son cru. Il a donc décidé de consacrer une partie de chaque leçon à un temps de production libre pendant lequel Sarah avait accès à tous les « mots » pour exprimer ce qu’elle voulait. Pendant ces moments d’« écriture créatrice», elle ne commettait généralement aucune erreur grammaticale.(3, 9)

 

 

Quant à Washoe, A. Gardner précise que les moments de communication spontanée dépendent essentiellement de deux facteurs : le caractère de l’interlocuteur et la situation. Au cours des promenades, par exemple, Washoe utilise librement le langage gestuel. Parfois, elle va jusqu’à engager spontanément 80 % des échanges avec son partenaire, quand ce dernier lui est sympathique. On observe le même phénomène chez les petits enfants, dont le comportement verbal varie considérablement en fonction de l’attirance qu’ils éprouvent ou non à l’égard de leur interlocuteur.

Roger Fouts, un étudiant de A. et B. Gardner qui participa à l’éducation de Washoe dès son début, possède maintenant dans son propre centre de recherches de l’université de l’Oklahoma un certain nombre de chimpanzés qui sont tous des utilisateurs plus ou moins compétents de l’Ameslan. Or, il a, par exemple, enregistré tous les messages émis par l’un des chimpanzés, Lucy, et constaté que sur les deux cent soixante-sept conversations échangées en Ameslan, entre lui et Lucy, 77 % étaient dues à l’initiative de l’animal.3

Ainsi, la preuve est faite maintenant que lorsqu’un chimpanzé est devenu suffisamment habile dans le maniement d’un système de communication, il l’utilise spontanément pour communiquer ce qu’il a vraiment envie de communiquer. Même Lana, dont l’environnement est très artificiel et donc peu propice à susciter une « conversation » libre, a fait souvent usage de son clavier pour exprimer un message spontané : plus d’une fois, elle a fait remarquer à un technicien que le distributeur de nourriture ne fonctionnait pas bien, ou bien elle protestait parce qu’un expérimentateur mangeait devant elle quelque chose à laquelle elle n’avait pas droit... Parfois même, quand une expérience commençait à la lasser, elle s’adressait au technicien en tapant les lexigrammes suivants : « Toi sortir de chambre. »

La créativité linguistique.

La communication spontanée n’est pas la performance la plus étonnante que l’on ait constatée chez les chimpanzés : ils sont également capables de créer des combinaisons de signes différentes pour inventer les « mots » qui leur manquent. Par exemple, lorsque Washoe vit pour la première fois un canard qui nageait sur une mare, elle le désigna spontanément à son compagnon R. Fouts en combinant deux signes qu’elle connaissait déjà : « eau-oiseau ».[15] De son côté, Lana, qui avait appris le lexigramme désignant la couleur orange, l’utilisa avec beaucoup d’à propos lorsqu’elle vit pour la première fois une orange : elle écrivit sur son clavier : « S’il te plaît Tim donner pomme qui est orange. » Ces deux exemples montrent l’aptitude de Washoe et de Lana à rendre compte d’une nouvelle combinaison de caractéristiques perceptives en utilisant dans une combinaison nouvelle des signes appris dans des circonstances, des combinaisons et des objectifs tout à fait différents.

Pour terminer, je voudrais citer une étude que j’ai faite sur la compétence grammaticale de Lana en examinant la totalité de ses productions linguistiques pendant un mois. J’ai d’abord fait le tri, en tenant compte de la longueur de la séquence, entre les phrases grammaticalement correctes et incorrectes. Parmi les phrases correctes, j’ai écarté toutes les demandes stéréotypées, concernant la nourriture, la boisson, les jouets, etc. (que l’on peut considérer comme le résultat d’un apprentissage spécial) ainsi que toute une série de phrases qui avaient fait l’objet d’une étude particulière au cours du mois. Ainsi, je conservais la totalité des erreurs commises par Lana pendant cette période et, parmi les phrases correctes, uniquement celles qui comprenaient de nouvelles combinaisons de lexigrammes. En prenant, par exemple, les combinaisons de six lexigrammes, c’est-à-dire les phrases les plus longues dans lesquelles on s’attendrait à trouver le maximum d’erreurs, j’ai trouvé en tout soixante et onze phrases différentes incorrectes et soixante-seize phrases différentes correctes. Si l’on tient compte du fait que le clavier de Lana comportait à ce moment-là soixante-quatorze lexigrammes, auxquels s’ajoute la touche « point final » (ce qui autorise un nombre extraordinairement élevé de séquences de six lexigrammes) le pourcentage des combinaisons correctes par rapport à celui des combinaisons incorrectes est tout à fait surprenant. Il l’est encore davantage si l’on considère que parmi les soixante et onze phrases incorrectes, soixante ne sont produites qu’une seule fois, alors que la majeure partie des phrases correctes sont apparues à plusieurs reprises. Les observations faites sur les séquences de quatre ou cinq lexigrammes sont identiques.[16]

Comment Lana fait-elle pour enchaîner correctement les lexigrammes? Bien que le langage enseigné à Lana (le «Yerkish») soit probablement plus simple que n’importe quel langage humain, il comprend néanmoins un grand nombre de « règles » qui contraignent le choix, non pas du lexigramme immédiatement adjacent à un lexigramme donné, mais des lexigrammes situés beaucoup plus loin dans la phrase. En d’autres termes, il n’est pas possible de former des phrases simplement par association de lexigrammes de proche en proche. En 1950, K. Lashley avait postulé l’existence de schèmes d’action globaux capables de déterminer l’arrangement en séquence d’actes donnés lorsque ces actes ne semblent pas contenir en eux-mêmes de règles d’associativité qui permettent leur enchaînement les uns aux autres.[17]

II faut admettre que pour faire si peu d’erreurs et tant de phrases grammaticalement correctes, à partir d’un choix pratiquement infini de combinaisons possibles, Lana a dû acquérir certains schémas globaux, en l’occurrence des règles de grammaire. Mais on est encore loin de préciser en quoi consistent ces règles et comment l’animal a pu les acquérir. Tout ce qu’on peut dire, c’est que Lana et ses congénères, Washoe, Sarah, Lucy, etc., semblent parfaitement capables de les apprendre.

Peut-être ce mystère sera-t-il un jour élucidé, grâce aux recherches entreprises dans deux directions différentes. Pour Emil Menzel[18] une meilleure connaissance de la communication naturelle qui existe entre les chimpanzés peut nous aider à comprendre le type de règles que ces animaux sont susceptibles d’apprendre en se fondant uniquement sur leur propre expérience. L’autre courant de recherches se situe, lui, dans la ligne des expériences que j’ai décrites dans cet article et qui font appel à un apprentissage très artificiel. Il y a quelques années, il était impensable qu’on puisse un jour demander à un singe comment il arrive à faire telle ou telle chose, ou quelles sont les règles qu’il utilise. Actuellement, rien ne nous interdit de croire que l’on pourra poser des questions de ce genre à des chimpanzés et qu’ils nous répondront.

 

Pour en savoir plus :

 

D.M. Rumbaugh (éd.), Language learning by a chimpanzee, Academic Press, 1977.

D. Premack, Intelligence in ape and man, Hillsdale, Lawrence Erlbaum, 1976.

V. Sanchez de Zavala  (éd.), Sobre el lenguaje de los antropoides, Siglo Veintiuno, 1976.

E.M. Linden, Quand les singes parleront, coll. « Science ouverte », Seuil, à paraître hiver 1978.

A. et D. Premack, la Recherche n° 61, p. 918, nov. 1975.

 

 

[1]. Wolfgang Köhler, The mentality of apes, Harcourt Brace, 1925 ; H.G. Birch, Journal of comparative psychology, 38, 367, 1945.

[2]. Jane van Lawik Goodall, Animal behavior monographs, 1, 161, 1968 ; Geza Teleki, Journal of human evolution, 3, 575, 1974.

[3]. Georges Mounin, Current Anthropology, 1 and 18, 1976. Comments, ibid. p. 8, Premack, 516, Fouts, 726, Mounin, 728.

[4] Nadezhna N. Ladygina Kohts, Infant ape and human child, Moscou, Museum Darwinianum, 1935 ; Keith and Catherine Hayes, “Higher mental functions of a homeraised chimpanzee”, in A.M. Schrier and F. Stollnitz (eds), Behavior of nonhuman primates. Academic Press, 1971 ; W. and L.A. Kellogg, The ape and the child : A study of environmental influence on early behavior, McGraw-Hill, 1933.

[5]. P. Lieberman, Journal of the acoustic Society of America, 4, 1574, 1968.

[6]. R. A. and B. T. Gardner, Teaching sign language to the chimpanzee Washoe, Mimeographed transcript of film, University of Nevada, 1973.

[7]. David Premack, Science, 172, 808, 1971.

[8]. David Premack, Journal of Expérimental Analysis of behavior, 14, 107, 1970.

[9]. David Premack, Intelligence in ape and man, Lawrence Erlbaum, 1976.

[10]. E. von Glasersfeld, H. Warner, P. Pisani, D.M. Rumbaugh, D.M. Gill, C.L. Bell, Computers and automation, 22, A, 1973 ; D.M. Rumbaugh, E. von Glasersfeld, H. Warner, P. Pisani, T.V. Gill, J.V. Brown, C.L. Bell, Behavioral research methods and instrumentation, 5, 385, 1973.

[11]. T.V. Gill, "Conversations with Lana", in D.M. Rumbaugh (éd.), Language learning by a chimpanzee, Academic Press, 1977.

[12]. Noam Chomsky, Language and mind, Harcourt, Brace and World, 1968.

[13]. Julian Huxley, Evolution in action, Harper, 1953, traduction fr. : l'Evolution en action, PUF.

[14]. R.A. and B.T. Gardner, "Comparative psychology and language acquisition", in K. Salzinger and F. Denmark (eds.), Psychology, the state of the art, Annals of the New York Academy of Sciences, 1977 ; et communications personnelles, 1977.

[15]. Roger Fouts, "Language", Journal of human evolution, 3, 475, 1974.

[16]. E. von Glasersfeld, "The Yerkish language and ils automatic parser", in D.M. Rumbaugh (éd.), Language learning by a chimpanzee, Academic Press, 1977.

[17]. Karl S. Lashley, "The problem of sériai order in behavior", in L.A. Jeffress (éd.), Cérébral rnechanisms in behavior, Wiley, 1951.

[18]. E.W. Menzel, Proceedings of IV international congress of primatology, volume 1, Karger, 1973 et "Implications of chimpanzee language training experiments for primate field research - and vice versa", in Récent advances in primatology, Académie Press, sous presse.

 

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La dernière mise à jour de ce site date du 22/05/19