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Vous trouverez ici des réactions sur des lectures aléatoires, pas nécessairement en lien avec le programme de philosophie de terminale. Vous pouvez vous aussi nous faire partager vos goûts et vos dégoûts en envoyant vos textes. Alors, à vos plumes...
atelier.de.philo [at] free.fr

 

  •  A quoi sert la science de Jean-Marc Lévy-Leblond (Bayard, 2008).

Le physicien Jean-Marc Lévy-Leblond propose une réflexion très simple sur l'utilité de la science dans cette retranscription d'une conférence faite devant des jeunes de Montreuil en 2006. Le livre présente le texte de la conférence ainsi que l'essentiel du débat qui a suivi.

L'opinion croit communément que la science est utile. Plusieurs questions se posent pourtant :

  1. La plupart des productions artisanales ne doivent rien à la science;

  2. Certaines théories scientifiques sont nuisibles (armement nucléaire, ,...);

  3. Des inventions utiles au départ peuvent produire des effets pervers (engrais, effet de serre,...);

  4. Il existe des connaissances scientifiques qui n'ont aucune utilité technique (par exemple l'astronomie).

L'histoire de l'humanité apporte encore un argument contre l'idée que la science se justifie par son utilité :

  1. Les premiers hommes ont développé des techniques sans aucune théorisation scientifique;

  2. La science, comprise comme ensemble de propositions universelles démontrables, est née en Grèce au Vème siècle avant J.C.;

  3. Les romains ont développé et imposé militairement à l'ensemble de la Méditerranée une civilisation qui ignore quasiment le discours scientifique;

  4. Entre le Vème et le XIème siècle les musulmans développent et produisent un ensemble impressionnant de connaissances scientifiques, ce qui n'empêchera pas le déclin de la civilisation arabo-musulmane.

  5. A partir de la Renaissance, sciences et techniques vont tendre à se rejoindre, idéalement d'abord (c'est le rêve de  Descartes de se rendre "comme maître et possesseur de la nature").

  6. Le XIXème semble en mesure de réaliser le rêve de la Renaissance : la chimie, l'électricité, le magnétisme.

Depuis tout s'accélère et la société exige désormais que la science soit utile. La deuxième guerre mondiale marque un tournant : les implications de la science ne sont plus seulement techniques, elles sont militaires et politiques. La question n'est plus seulement "A quoi sert la science ?" mais aussi "A qui sert la science ?"

  •  [Theorie+des+cordes.jpg]La théorie des cordes de José Carlos Somoza (Actes Sud).

La lecture est passionnante parce que le lecteur en sait toujours plus que le personnage, mais il sait seulement que quelque chose va arriver mais pas quoi. En revanche, le personnage, Elisa Robledo, si elle ignore encore son avenir, a pu voir notre passé.

La "théorie des cordes", théorie physique qui tente d'unifier la théorie de la relativité et la théorie quantique, n'est au fond qu'une sorte de "décor" intellectuel qui sert à mettre en présence deux types de forces : les forces spirituelles et les forces physiques. Ce n'est pas un roman écrit par un physicien qui s'essaierait à la littérature mais bien une œuvre littéraire. Il n'est pas besoin de savoir quoi que ce soit en physique pour comprendre l'histoire.

AC

  •  La tache de Philip Roth (Gallimard).

[roth.gif]Quelle surprise ! Difficile d'avoir l'esprit léger devant l'histoire de la "tache" (The human stain, titre original) de Coleman Silk. Mais aussi celle de Delphine Roux, sa collègue professeur de lettres, "parisienne" déracinée, formée à l'ENS, fine fleur brillante de la haute culture à la française.

Coleman, ex-doyen autoritaire de l'université d'Athena, démissionne à la suite d'un problème de langage : deux étudiants absentéistes qu'il a qualifiés de "zombies" pour métaphoriser leur présence, sans savoir qu'ils étaient noirs.

Sa chère collègue, envieuse, jalouse et finalement amoureuse, saute sur l'occasion et relaie les accusations de racisme dont il devient l'objet... sans savoir que Coleman est non seulement un faux juif mais encore un "noir" que les hasards de la génétique ont permis de jouer au "blanc".

Voilà pour le mensonge, la tache. Mais, outre les qualités de construction du roman, l'histoire renvoie à une interrogation plus profonde sur le statut de l'individu, sa folie à vouloir que sa vie ait un début, un milieu et une fin, c'est-à-dire un sens par elle-même. Delphine Roux et Coleman Silk ont en commun ce désir destructeur de vouloir construire leur vie à partir d'une décision, tout comme Philip Roth construit sa narration et conduit la vie de ses personnages.

Mais la vie n'est pas un roman et nous n'en serons jamais les auteurs. Nous aurons toujours affaire à ce qui nous englobe et nous détermine.

 

Le hasard, toujours lui et non quelque "sens" de la vie, m'a fait tomber sur un film de Robert Benton, La couleur du mensonge, avec Anthony Hopkins et Nicole Kidman. Il s'agit de l'adaptation du roman de Philip Roth.

  •  Propos inspirés, libérés et provoqués par Daniel Sibony dans Création (éd. Odile Jacob).

La violence, c'est le choc frontal de deux égoïsmes; l'art permet la rencontre de deux narcissismes. L'art nous empêche de mourir de la vérité parce qu'il y est question de "vivre en beauté". L'artiste refuse de "mourir en beauté". Sculpter la "Victoire Samothrace", c'est caresser de la pointe du ciseau le corps de la femme idéale. L'homme d'affaire, celui qui rêvait d'être un artiste, ne désire que des choses utiles. Il ne se contente pas de dire de vaines paroles, il veut faire, même s'il doit parfois faire sans dire. Il n'y a pas d'autre plaisir qui naisse de ce besoin de "faire". L'homme d'affaires, le businessman, fait selon ses besoins. Il fait ses besoins, comme tout le monde. L'homme fait l'histoire ? Pas si sûr. L'histoire aussi fait l'homme. Nous sommes faits d'histoires. La nôtre d'abord. Celle de nos désirs, plus que nos pensées ou nos idées. Celle des autres aussi. De nos rencontres, de nos "surprises", de nos séductions, de tous ces chemins qui nous conduisent vers l'Autre que nous. Puis celle de tous les autres. L'Histoire universelle qui tente le récit de notre culture. L'art peut faire des objets, parfois des sujets ou des projets. Maintenant, il est aussi abject. Tous ces mots dérivent du même mots latin : "jeter". Dans tous ces cas, il reste le même geste, celui du jet. L'artiste jette des matières (des mots, des couleurs, des lignes,...) et en rejette d'autres.

 

AC

  •  Les bienveillantes, de Jonathan Little (Gallimard)

Je suis en train de lire le prix "concours", Les bienveillantes de Jonathan Little. J'en suis à la page 171. Pour l'instant c'est très fort. L'idée n'est pas originale mais bien réalisée. J. Little reprend la thèse d'Hannah Arendt : le mal, l'horreur humaine n'est pas une monstruosité, c'est-à-dire quelque chose d'exceptionnel. Bien au contraire, l'inhumanité est à la portée de n'importe qui. Je suis à peu près sûr que l'auteur a aussi lu les travaux de Stanley Milgram sur la Soumission à l'autorité.

Son héros, Max Aue, est un SS cultivé, voire assez raffiné, qui se lie peu à peu à une entreprise systématique de destruction de l'humain. Sans être musicien, il est mélomane. Aime Bach mais surtout Couperin et la musique française baroque. Il essaie de comprendre comment lui-même peut se retrouver à commettre les pires abominations sans trop en souffrir, si on excepte ses vomissements récurrents qui le prennent dès qu'il essaie d'ingurgiter quelque nourriture. Pour l'instant (jusqu'à à la page 171), l'hypothèse explicative est celle de la "pelure d'oignon" : les résistances individuelles, l'esprit critique, la conscience morale sont annihilés par une hiérarchie minutieuse, par une division des tâches qui diluent la responsabilité et qui permettent à un homme "normal" de descendre dans une fosse pour achever d'un bras mécanique hommes, femmes et enfants qui ne lui ont rien fait et ne sont coupables d'aucun crime. Chacun est assigné à une tâche précise avec des objectifs quantifiés, donc mesurables. Tout est rationalisé de bout en bout, y compris les problèmes que pose le meurtre à l'échelle industrielle. L'auteur décrit dans le détail l'organisation administrative qui permet de renvoyer à un autre échelon la responsabilité et le sentiment de culpabilité. En même temps, J. Little ne disculpe pas. Il montre aussi que personne n'est vraiment dupe de ce mensonge organisé auquel tous veulent croire jusqu'au bout.

 

Je suis enfin arrivé au bout du voyage "sentimental" de Max Aue. L'éducation sentimentale de Flaubert retrace le parcours de Frédéric avec la révolution de 1848 en toile de fond. Little expérimente ce que donnerait le parcours sexuel d'un jeune homme pendant la deuxième guerre mondiale.

C'est un drôle de livre. Prenant, moins par son écriture que par l'itinéraire qu'il nous force à suivre. La langue n'y est pas extraordinairement élégante, ni même très rigoureuse (un lecteur attentif y trouvera un certain nombre d'erreurs). Mais l'essentiel n'est pas là. Ni pour l'auteur, ni pour son lecteur qu'il prend à témoin.

Aue est malade. Ce n'est pas la guerre qui le rend malade, mais sa maladie qui le conduit au bout de l'irrationalité d'un système qui ne se fonde que sur la logique d'une raison raisonnante. Le roman est le parcours d'une régression culturelle qui finit par rejoindre une sorte d'état sauvage rien de moins que rousseauiste. Le Tiergarten de Berlin sert de décor final au meurtre bestial de Thomas, son seul ami. Bestial, car Aue tue pour survivre et reste seul au milieu du zoo délabré par la violence des bombardements et où les animaux survivants déambulent sans but.

Qu'en dire ?

Que l'hypothèse psychanalytique qui tient tout le roman (les motifs d'Aue lui sont inconscients jusqu'à ce qu'il écrive cette longue analyse dont il nous dit qu'il l'écrit pour lui et pas pour nous) me paraît un peu légère. Que le risque est d'étendre cette hypothèse au reste du phénomène totalitaire. D'oublier que les nazis n'étaient pas seulement des malades, mais des hommes de toutes les conditions, de tous les genres.

En revanche, l'idée que le "monstre", que la "bête immonde" comme l'écrivait Brecht, est en nous et encore féconde, est un peu plus riche, mais pas très neuve. Sauf que ce monstre ne peut se réduire aux pulsions d'un "ça". Il faut quelque chose de plus, ou de moins, pour que toute cette violence se déchaîne. Il faut une structure idéologique (politique) et psychologique (psycho-sociale) qui relaient et étayent cette pulsion. En un mot, il faut un système de soumission et un discours justificateur (ce que Little montre pour Eichmann).

Voilà, en bref, un roman. Rien qu'un roman qui frise en permanence le tourisme voyeur dans le monde de l'horreur. L'horreur, ici, c'est que les seuls individus dotés d'une personnalité sont les bourreaux, les victimes sont, elles, anonymes et noyées dans la masse. De là peut-être, cet étrange malaise qui nous saisit à la lecture.

AC

  •  L'Immeuble Yacoubian (éd. Actes Sud)

L’Immeuble YacoubianL'Immeuble Yacoubian est un roman d'Alaa el Aswany paru en 2002 en arabe et traduit chez Actes Sud en 2006. L'auteur est un dentiste cairote, fils lui-même d’un avocat écrivain. A peine traduit, un film est déjà adapté (par Marwan Hamed). L’immeuble de la rue Soliman-Pacha est évidemment le point de rencontre des personnages du roman et aussi le symbole d’une ville gigantesque où les couches sociales s’empilent les unes sur les autres, sans pourtant vraiment communiquer.

Zaky Dessouki, dit Zaki bey, contemporain de l’époque de la construction de l’Immeuble (1936), vestige humain d’une culture européanisée et dépassée.

Abaskharoun, fidèle serviteur de Zaky, et son frère Malak, si différents l’un de l’autre.

Taha Chazli, le fils du concierge, pauvre mais intelligent et pieux, qui rêve d’entrer dans la police pour s’emparer d’un pouvoir à défaut de posséder le prestige culturel que son baccalauréat et ses talents lui avaient laissé espérer.

Boussaïna Sayyed, bachelière elle-aussi, jeune femme libre, aux décolletés provocateurs, dont Taha est amoureux, qui survit de petits boulots en petits boulots, fuyant les avances systématiques de ses différents patrons.

Petit à petit le quartier de l’Immeuble a vu disparaître ses bars à mesure que montait une prohibition diffuse de l’alcool, étalon de l’islamisation de la société égyptienne, encouragée par le gouvernement. Les quelques bars survivants, entrant dans la “clandestinité”, devinrent des lieux de perdition pour les uns, refuges pour les autres. L’un d’eux, Chez Nous, permet aux homosexuels de se rencontrer. C’est là qu’Hatem Rachid, rédacteur en chef du journal Le Caire, rencontre Abdou, jeune soldat marié.

Azzam, espèce de parvenu qui achète son élection à l’assemblée en se vendant au “patron”…

J’arrête là cette revue des troupes.

Le roman est construit à partir de l’Immeuble, fiction littéraire d’expérimentation sociale qui voit se croiser des histoires de vie dans une société en pleine décomposition, rongée par la corruption politique et un remède pire que le mal : le fondamentalisme religieux qui précipitera la perte de Tahal.

Tout se termine sur un air de Piaf, La vie en rose jouée au piano, dans un bar lors du mariage de Zaky bey et de Boussaïna…symbole du compromis encore possible entre une culture d’un autre temps et celle d’une jeunesse égyptienne qui refuse de se laisser abattre ? Chanson réaliste ?

 

Wikipedia lui consacre un article ici

AC

 

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La dernière mise à jour de ce site date du 25/08/19