La nature

Notions du programme abordées : nature, culture, religion, raison, technique, liberté, morale.

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Document n° 1 : Pic de la Mirandole, De hominis dignitate (1496).

[Dieu lui-même se tourne vers le premier homme, après l’avoir placé au milieu du monde, et lui dit :]

« 0 Adam, Nous ne t'avons donné ni une place déterminée, ni une physionomie propre, ni aucun don particulier, afin que la place, la physionomie, les dons que tu aurais souhaités, tu les aies et tu les possèdes selon tes vœux, selon ta volonté. Pour les autres, leur nature définie est régie par des lois que Nous avons prescrites; toi, tu n'es limité par aucune barrière, c'est de ta propre volonté, dans le pouvoir de laquelle je t'ai placé, que tu détermineras ta nature. Je t'ai installé milieu du monde afin que de là tu examines plus commodément autour de toi tout ce qui existe dans le monde. Nous ne t'avons fait ni céleste ni terrestre, ni mortel ni immortel, afin que maître de toi-même et ayant pour ainsi dire l'honneur et la charge de façonner et de modeler ton être, tu te composes la forme que tu aurais préférée. Tu pourras dégénérer en formes inférieures qui sont animales; tu pourras, par décision de ton esprit, être régénéré en formes supérieures qui sont divines. (...) En venant au monde, les esprits ont reçu tout ce qu’il leur faut et les esprits d'un ordre supérieur sont dès le principe (...) ce qu'ils doivent être et rester dans l'éternité. Toi seul, tu peux grandir et te développer comme tu le veux, tu as en toi les germes de la vie sous toutes ses formes. »

Document n° 2 : Descartes, Règles pour la direction de l'esprit, Règle I, 1628.

« (...) distinguant les unes des autres selon la diversité de leurs objets, ils ont pensé qu’il faut les cultiver chacune à part, sans s'occuper de toutes les autres. En quoi certes, ils se sont trompés. Car, étant donné que toutes les sciences ne sont rien d'autre que la sagesse humaine, qui demeure toujours une et toujours la même, si différents que soient les objets auxquels elle s'applique, et qui ne reçoit pas plus de changement de ces objets que la lumière du soleil de la variété des choses qu’elle éclaire, il n'est pas besoin d'imposer de bornes à l'esprit : (...) »

Document n° 3 : Descartes, Principes de la philosophie, 1644.

« Ainsi toute la philosophie est comme un arbre, dont les racines sont la métaphysique, le tronc est la physique, et les branches qui sortent de ce tronc sont toutes les autres sciences, qui se réduisent à trois principales, à savoir la médecine, la mécanique et la morale ; j'entends la plus haute et la plus parfaite morale, qui présupposant une entière connaissance des autres sciences, est le dernier degré de la sagesse.

Or, comme ce n'est pas des racines ni du tronc des arbres qu’on cueille des fruits, mais seulement des extrémités de leurs branches, ainsi la principale utilité de la philosophie dépend de celle de ses parties qu’on ne peut apprendre que les dernières. »

Document n° 4 : Descartes, Discours de la méthode, VI, 1637.

« Car elles (les notions touchant la physique) m'ont fait voir qu'il est possible de parvenir à des connaissances qui soient fort utiles à la vie, et qu’au lieu de cette philosophie spéculative, qu’on enseigne dans les écoles, on en peut trouver une pratique, par laquelle connaissant la force et les actions du feu, de l'eau, de l'air, des astres, des cieux et de tous les autres corps qui nous environnent, aussi distinctement que nous connaissons les divers métiers de nos artisans, nous les pourrions employer en même façon à tous les usages auxquels ils sont propres, et ainsi nous rendre maîtres et possesseurs de la nature. Ce qui n'est pas seulement à désirer pour l'invention d'une infinité d'artifices, qui feraient qu’on jouirait, sans aucune peine, des fruits de la terre et de toutes les commodités qui s'y trouvent, mais principalement aussi pour la conservation de la santé, laquelle est sans doute le premier bien et le fondement de tous les autres bien de cette vie; car même l'esprit dépend si fort du tempérament et de la disposition des organes du corps que, s'il est possible de trouver quelque moyen qui rendent communément les hommes plus sages et plus habiles qu’ils n'ont été jusqu’ici, je crois que c'est dans la médecine qu’on doit le chercher. »

Document n° 5 : Pascal, Les pensées, n° 199, 198 & 149, 1670.

« Tout le monde visible n'est qu'un trait imperceptible dans l'ample dessein de la nature. Nulle idée n'en approche, nous avons beau enfler nos conceptions au-delà des espaces imaginables, nous n'enfantons que des atomes au prix de la réalité des choses. C'est une sphère infinie dont le centre est partout, la réalité nulle part. (...)

Que l'homme étant revenu à soi considère ce qu'il est au prix de ce qui est, qu'il se regarde comme égaré, et que de ce petit cachot où il se trouve logé, j'entends l'univers, il apprenne à estimer la terre, les royaumes, les villes, les maisons et soi-même son juste prix.

Qu'est-ce qu'un homme dans l'infini ?

Qui se considérera de la sorte s'effraiera de soi-même et se considérant soutenu dans la masse que la nature lui a donnée entre ces deux abîmes de l'infini et du néant, il tremblera dans la vue de ces merveilles et je crois que sa curiosité se changeant en admiration il sera plus disposé à les contempler en silence qu'à les rechercher avec présomption.

Car enfin qu'est-ce que l'homme dans la nature ? Un néant à l'égard de l'infini, un tout à l'égard du néant, un milieu entre rien et tout, infiniment éloigné de comprendre les extrêmes; la fini des choses et leurs principes sont pour lui invinciblement cachés dans un secret impénétrable.

Egalement incapable de voir le néant d’ou il est tiré et l'infini où il est englouti. » (199-72)

« Connaissez donc, superbe, quel paradoxe vous êtes à vous-mêmes. Humiliez-vous, raison impuissante ! Taisez-vous nature imbécile, apprenez que l'homme passe infiniment l'homme et entendez de votre maître votre condition véritable que vous ignorez.

Ecoutez Dieu. » (331-434)

Si on vous unit à Dieu c'est par grâce, non par nature. Si on vous abaisse c'est par pénitence, non par nature. Ainsi cette double capacité.

Vous n'êtes pas dans l'état de votre création. (...)

Tant de contradictions se trouveraient-elles dans un sujet simple ?

Incompréhensible.

Tout ce qui est incompréhensible ne laisse pas d'être. Le nombre infini, un espace infini égal au fini.

Incroyable que Dieu s'unisse à nous. (...)

Car je voudrais savoir d'où cet animal qui se reconnaît si faible a le droit de mesurer la miséricorde Dieu et d'y mettre les bornes que sa fantaisie lui suggère. Il sait si peu ce que c'est que Dieu qu'il ne sait pas ce qu'il est lui-même. » (149-430)

Document n° 6 : Kant, Critique de la raison pratique, 1788, Conclusion, PUF, p 173.

« Deux choses remplissent le cœur d'une admiration et d'une vénération toujours nouvelles et toujours croissantes, à mesure que la réflexion s'y attache et s'y applique : le ciel étoilé au-dessus de moi et la loi morale en moi. Ces deux choses, je n'ai pas besoin  de les chercher et de les conjecturer simplement, comme si elles étaient enveloppées de ténèbres ou placées dans une région transcendantale en dehors de mon horizon ; je les vois devant moi, et je les rattache immédiatement à la conscience de mon existence. La première commence à la place que j'occupe dans le monde extérieur des sens et étend la connexion dans laquelle je me trouve, à l'espace immense où les mondes s’ajoutent aux mondes et les systèmes aux systèmes, et en outre à la durée sans limites de leur mouvement périodique, de leur commencement et de leur durée. La seconde commence au moi invisible, dans ma personnalité et me représente dans un monde qui a une véritable infinité, mais dans lequel seul l'entendement peut pénétrer et avec lequel (et par cela même aussi avec tous ces mondes visibles) je me reconnais lié par une connexion, non plus comme dans la première, simplement contingente, mais universelle et nécessaire. »

Document n° 7: Kant, Critique de la faculté de juger, 1790, § 83, Vrin, p 240-241.

« Si maintenant il doit se rencontrer dans l’homme lui-même ce qui doit en tant que fin être réalisée par sa liaison avec la nature, ce doit être ou bien une fin telle qu’elle puisse être réalisée par la nature dans sa bienfaisance ; ou bien c’est l’aptitude ou l’habileté pour toutes sortes de fins, pour lesquelles la nature (extérieurement ou intérieurement) pourrait être utilisée par l’homme. La première fin de la nature serait le bonheur, la seconde la culture de l’homme. [...]
Pour découvrir en quoi nous devons placer, du moins pour ce qui est de l’homme, cette fin dernière de la nature, nous devons rechercher ce que la nature peut faire pour le préparer à ce qu’il peut faire lui-même pour être but final et le séparer de toutes les fins, dont la possibilité repose sur des choses que l’on ne peut attendre que de la nature. De cette dernière sorte est le bonheur sur terre, par quoi on l’entend l’ensemble des fins possibles par la nature en dehors de l’homme et en lui ; c’est la matière de toutes ses fins sur terre, qui le rend incapable, s’il en fait son but entier, de poser un but final à sa propre existence et de s’y accorder. Il ne reste donc, de toutes les fins que l’homme peut se proposer dans la nature, que la condition formelle subjective, à savoir l’aptitude à se proposer soi-même en général des fins et (indépendamment de la nature dans sa détermination finale) à utiliser la nature comme moyen, conformément aux maximes de ses libres fins en général ; du reste, la nature peut s’orienter en direction de ce but final qui lui est extérieur, et cela peut être considéré comme sa fin dernière. La production de l’aptitude d’un être raisonnable à des fins quelconques en général (et donc dans sa liberté) est la culture. Donc, seule la culture peut être la fin dernière que nous avons raison d’attribuer à la nature par rapport à l’espèce humaine (et non son propre bonheur sur la terre, ou même le fait d’être le plus noble instrument pour établir ordre et harmonie dans la nature dépourvue de raison, en dehors de l’homme). »
 

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La dernière mise à jour de ce site date du 21/08/20